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Dominique Augey
Directrice du DESS Média et Communication Economique
Faculté d'Economie Appliquée - Université d'Aix-Marseille

 

Information économique médiatisée et diversification de l'offre

Les historiens identifient l'apparition de l'information économique aux price currents du milieu du 16ème siècle. Il s'agit d'informations pratiques (prix des matières premières, taux de change) édités par des commerçants influents (comme les Függer &endash; banquiers de l'empereur Charles Quint). C'est seulement à la fin du 17ème siècle que l'information économique s'étoffe d'analyses et de réflexions principalement dans les journaux publiés à Amsterdam et Londres. Le véritable premier débat par presse interposée débute en 1713 entre le Mercator et le British Merchant au sujet de la liberté des échanges commerciaux en Angleterre. Parallèlement en France, le Journal Economique (1751-1772) est le premier journal entièrement dédié aux débats économiques. Il faudra attendre le milieu du 19ème siècle pour que la presse économique s'institutionnalise et se pérennise (1843-The Economist et son rédacteur en chef Walter Bagehot souvent considéré comme le premier grand journaliste économique)[1] tandis que l'information économique commence à occuper une place significative dans la presse généraliste.

Deux siècles après ses débuts, où en est l'information économique aujourd'hui? Sans aucun doute, elle est de plus présente dans les médias mais reste principalement circonscrite à deux cibles et deux types d'information. Elle s'adresse essentiellement soit aux décideurs (cadres d'entreprise / information microéconomique), soit aux particuliers gestionnaires de leur portefeuille (information boursière). Pour chacune de ces cibles, la presse magazine domine et prospère sur le marché de l'information économique Cette dernière y est le plus souvent technique, complexe, ésotérique (vocabulaire). Mais à côté de ces demandes très spécialisées, une demande d'information économique généraliste se fait jour et appelle à une diversification de l'offre. Si les politiques de privatisations ont déplacé les décisions économiques de la sphère de l'Etat vers celle des dirigeants d'entreprise et des actionnaires de plus en plus nombreux, l'information économique ne peut se cantonner à ces deux débouchés. La demande de compréhension des processus économiques par le grand public s'explique principalement par la dérégulation de l'économie.

L'évolution de la demande amène l'information économique à sortir d'un domaine réservé. Les producteurs d'information ont intégré cette nouvelle donne ainsi qu'en témoigne le succès du mensuel précurseur Capital en France (mensuel people) ou de l'émission de télévision à grand succès du même nom (qui ont tous deux une dizaine d'années). Deux segments de marché sont donc occupés : le sensationnel et le technique, avec pour chacun un lectorat ou un audimat important. Reste à voir émerger un segment scientifique grand public [2]. Un préalable nécessaire est de mettre en évidence une segmentation de l'information économique. L'information économique ne peut pas être appréhendée de manière holiste principalement à cause de sa double nature de bien privé et de bien public : l'information économique est composée de différents produits ayant des caractéristiques différentes. Enfin, l'évolution de la demande permet aussi de mettre en évidence une courbe de Forrester des produits d'information économique (cycle de vie).

L'information économique pour tous implique des changements radicaux chez les offreurs d'information. Concernant l'information économique, la chaîne de production telle qu'elle semble fonctionner aujourd'hui [acteurs de la vie économique (entreprises, Etat) vers les grossistes (les agences de presse) vers les détaillants (médias et les journalistes)] fait qu'une grande partie des informations diffusées sont brutes (les entreprises envoient des communiqués de presse repris en intégralité &endash; y compris le vocabulaire - ou partiellement). L'investigation est rare (inversion de la chaîne de production) et cantonnée aux médias destinés aux CSP+ ou aux médias alternatifs. Si la demande de compréhension existe, certains auteurs [Duval-2000] pensent qu'elle ne peut être satisfaite car les médias sont des entreprises qui basent tout ou partie de leur financement sur la publicité, d'où le risque de déplaire aux annonceurs. Un autre risque [voir Gabszewicz et alii-2001] réside dans l'affaiblissement du contenu du débat dans le but de ne froisser aucun auditoire ou lectorat afin d'avoir l'assise commerciale la plus large. Ce pessimisme sur la place et le rôle de l'information économique peut être nuancé au regard de la mise en évidence d'un lien entre liberté des médias et développement économique [Brunetti/Weber-2002]. Le clivage en matière d'information économique (majorité d'informations brutes, minorité d'analyse) est moins tranché sur le net où les sites des médias en ligne suivent la même stratégie que leur maison mère tandis que les sites de débats (sites comunautaires) trouvent une place plus significative. Ceci semble montrer que si l'information économique n'évolue pas au sein des médias, elle peut leur échapper. L'analyse économique des médias économiques est encore peu développée mais semble constituer un programme de recherche très stimulant.


Notes
[1] Voir le remarquable ouvrage de ARRESE Angel (2001).
[2] …ou émerger de nouveau. En effet, comme ARRESE (op.cit, p 166) le démontre, le journalisme économique contemporain a eu un age d'or lors des débats entre keynésiens et monétaristes dans les années 70 avec les chroniques de Galbraith et Friedman aux USA ou, pour la France, celles de Raymond Aron dans le Figaro ou Jean Fourastié dans L'Express ou encore Alfred Sauvy dans L'Expansion.

Eléments de bibliographie
ARRESE Angel (2001), Economic and Financial Press : From the Beginnings to the First Oil Crisis, Ediciones Universitad de Navarra, 195p.
BRUNETTI Aymo and WEBER Beatrice (2002), A Free Press is Bad News for Corruption, Journal of Public Economics, à paraître dans le numéro d'avril 2002.
DUVAL Julien (2000), Concessions et Conversion à l'Economie, Actes de la Recherche en Sciences Sociales, n°131-132, pp.56-75.
GABSZEWICZ Jean, LAUSSEL Didier and SONNAC Nathalie (2001), Press Advertising and the Accent of the "Pensée Unique", European Economic Review, Vol 45, pp.641-651.

 

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Baptiste CAMPION - 14/03/02