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Abstracts
des présentations
Solange Davin
Glasgow University
Cette présentation est basée sur deux études de réception. La première porte sur la série américaine Urgences et la seconde est une comparaison d'un soap opera et d'un documentaire à narratifs médicaux parallèles.Les spectateurs décrivent Urgences comme un divertissement de qualité: ils aiment son rythme, ses narratifs, ses personnages. Mais ils conçoivent aussi la série comme une source d'informations fiable qui leur permet d'améliorer leurs connaissances. Que le public percoive le drame comme (littéralement) un documentaire n'est pas surprenant puisqu'il en a de nombreux attributs (ses scénaristes-médecins, ses récits basés sur de vrais cas d'urgences etc.). Une telle combinaison fiction-faits est courante et prisée à l'ère de 'l'infotainment'.
Les spectateurs d'Urgences en retiennent des données médicales et de promotion de la santé. Ils y découvrent le système de santé américain qu'ils contrastent à celui de leur pays et qu'ils trouvent inférieur, voire inacceptable ainsi qu'un aperçu du climat social des États-Unis - la violence, la pauvreté, les sans abris, l'exclusion. Ce sombre tableau les conduit à questionner le bien fondé du 'grand rêve américain'. Ces évaluations (négatives) des structures socio-médicales et des idéologies américaines donnent une dimension politique au feuilleton.
On peut s'étonner de ce que les spectateurs disent recueillir dans Urgences des informations qui ont souvent fait la une des journaux et qui sont donc déjà bien connues. Peut-être cela est-il dû à la façon dont ces savoirs sont acquis, c'est à dire par des stratégies 'de distraction' et 'émotionnelles' qui les rendent plus vivides et plus pertinents. Par exemple, en transformant Urgences en jeu/récit détective et en essayant de prédire les diagnostics et les traitements, les spectateurs rassemblent des détails de physiologie, de maladies, de soins. En s'identifiant à ses étudiants, ils s'initient au fonctionnement du pavillon des urgences et expériencent les difficultés personnelles et professionnelles rencontrées par les medics.
Dans une seconde étude, qui compare la réception d'un soap opera et d'un documentaire relatant des histoires similaires de maladie (l'expérience de deux patientes), les spectateurs affichent un certain scepticisme quant à l'objectivité des documentaires qui sont décrits comme des constructions sélectives et fragmentaires et qui sont critiqués pour leur présentation partiellement réaliste mais incomplète et artificielle. Ce réalisme est, de plus, contextualisé, au contraire de celui Urgences, qui est dit universel. De nombreux informateurs soulignent que les soaps aussi ont leurs limitations (leur focus sur les relations et leur place dans les grilles restreignent les informations qu'elles peuvent offrir), mais ils suggèrent qu'elles sont peut-être un meilleur support que les documentaires pour les messages de santé: leurs audiences sont considérables, leur continuation permet la répétition et l'identification, et leurs multi-récits rendent les passages médicaux plus 'faciles à supporter'.
Cette utilisation des programmes de divertissement à des fins pédagogiques corrobore les résultats des campagnes d'éducation de la santé où les séries dramatiques et les soap operas ont été aussi (sinon plus) efficaces que les campagnes publicitaires traditionnelles. Un résumé des raisons qui font des séries dramatiques un bon support informatif est présenté.
En conclusion, les résultats de ces études réfutent les caricatures de spectateurs passifs absorbant tous les messages sans réfléchir: dans les deux projets, les interprétations offertes sont complexes et sophistiquées (les notions de réalisme, par exemple, sont très élaborées et ne ressemblent en rien aux polarités simplistes basées sur des comparaisons directes avec le vécu). Les dichotomies sont également mises en question: d'abord celles des genres, qui offrent et de la distraction et des informations plutôt que l'un ou l'autre, et ensuite celles des modes de vision du public qui est à la fois cognitif et émotionnel, distant et engagé, relaxé et concentré, et qui s'instruit tout en s'amusant.