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Pour une sémio-pragmatique des hypertextes multimédia :
proposition théorique de catégories d'analyse pertinentes


©
Hugues PEETERS & Philippe CHARLIER (1995)

 

Le développement des nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC selon l'appellation consacrée) suscite un intérêt croissant. C'est que, selon certains auteurs, elle définirait une nouvelle écologie cognitive.(1)

Et pourtant, au-delà de leur aspect strictement technique, les NTIC souffrent encore du manque d'un véritable cadre de référence systématique susceptible d'en éclairer la portée et la légitimité. Les applications sont davantage le résultat d'approximations et de tâtonnements successifs que d'approches théoriques cohérentes. La plupart des études effectuées porte encore souvent sur des aspects partiels et limités (ergonomie, esthétique de présentation, scénarisation, ...).

Pour notre part, nous nous sommes centrés ici sur la problématique des dispositifs hypertextuels multimédias. L'hypertexte se définit comme une technique de mise en forme de documents sur un support informatique dans lequel les fragments de textes sont reliés entre eux par indexation dynamique. De cette façon, l'hypertexte semblerait a priori proposer un mode de lecture original - non linéaire et personnalisé - par rapport aux documents traditionnels. L'hypertexte multimédia (ou hypermédia) est l'extension de ce principe à d'autres systèmes sémiotiques que le texte (image, son, ...) dans une perspective d'exploitation intégrée. Avec l'interactivité et les techniques de simulation (cfr. la réalité virtuelle), l'hypertexte constituerait l'un des apports majeurs des NTIC.

Le principe de l'hypertexte n'est pourtant pas si nouveau. L'invention du terme même d'«hypertexte» revient à Théodore Nelson, au milieu des années soixante,(2) mais l'idée est déjà explicitement formulée à la fin de la seconde guerre mondiale(3) et on en retrouve même des prémisses dans la réalisation de l'Encyclopédie au XVIIIe Siècle.

Il est important de préciser que l'objet de notre étude se limite aux hypertextes multimédias dits "off line", c'est-à-dire non reliés à un réseau (Le CD ROM en représente sans doute l'exemple canonique). Les documents "on line" impliquent en effet toute une série de dimensions supplémentaires qui ne pourront pas être prises en compte ici.

L'objectif de notre recherche est de tenter d'établir à terme un modèle sémio-pragmatique des hypertextes multimédias. Dans ce cadre, une première étape se devait de faire l'effort de distinguer des catégories d'analyse pertinentes. C'est le propos de ce document.

Pour ce faire, nous avons choisi de nous inspirer des travaux de Charles S. Peirce (1839 - 1914), dont nous évoquerons les grandes lignes ci-dessous. Ces travaux nous permettent en effet d'adopter une approche sémiotique et non simplement sémiologique.(4) La sémiotique ne se limite pas à la prise en compte des relations entre les signes mais, par la notion d'interprétant (cfr. infra), elle va bien au-delà et introduit au rapport de ces signes au "récepteur" et au contexte.

En fait, avec Peirce et d'autres à sa suite, notre position se situera entre déterminisme et indéterminisme. Cette position consiste à affirmer d'une part que les signes ne suffisent jamais à fixer totalement leur sens, le processus d'interprétation et de compréhension demeurant toujours ouvert ; d'autre part, que ces signes structurent néanmoins en partie ce processus en posant leurs conditions initiales de réception.(5)

"Il est vrai que, de ce point de vue, le sémiologue se trouve dans une position difficile", nous dit Véron : "il affirme d'une part qu'un message ne produit jamais un seul effet, que plusieurs effets sont toujours possibles, et il affirme, d'autre part, qu'un message ne produit jamais n'importe quel effet. Je crois qu'effectivement, si l'on affirme ces deux choses à la fois, on est dans une situation très inconfortable vis-à-vis de la causalité."(6)

La détermination dernière du sens sera toujours largement tributaire du contexte de réception du document. Il est donc dangereux de supputer en chambre in abstracto sur la manière dont il sera reçu. Mais il reste raisonnable de penser que cette réception se fait selon un principe de lecture négociée (negociated reading).(7) Or si le sens du document se négocie, c'est précisément qu'il propose quelque chose à négocier, qu'il amène au préalable sur la table des négociations une configuration (potentiellement) signifiante sur laquelle le récepteur peut s'appuyer. Ce sont les modes de fonctionnement de cette configuration que nous devrons à terme tenter de clarifier, en restant vigilant à ne jamais verser dans une clôture du sens. C'est donc vers un modèle ouvert qui aura à assumer une irréductible incomplétude que nous nous dirigeons, une analyse sémiotique se situant toujours à un niveau virtuel et qui attend toujours les déclinaisons de son actualisation.(8)

L'approche proposée sera aussi sémio-pragmatique. Car tout en portant sur des signes - aspect "sémio" - , elle tente également de tenir compte de la relation du récepteur au document et, par delà ce dernier, à son auteur - aspect "pragmatique". Plus profondément, cette pragmatique s'articule à une démarche sémiotique, car c'est dans l'énoncé même que l'on tentera de retrouver une description des conditions de son énonciation. (9)

Il convient aussi de signaler que notre intention n'est pas de rester nécessairement fidèle à la lettre du texte peircien. Comme le fait remarquer Bougnoux, "ésotérique, prisonnière d'une terminologie fastidieuse, et d'une redoutable abstraction", l'oeuvre de Peirce est d'un accès particulièrement difficile. "Si l'on veut qu'un plus vaste public accède à Peirce, il sera impératif de le simplifier". Malheureusement, sa pensée "n'a pas encore eu la chance comme celle de Bateson de rencontrer son vulgarisateur".(10) Nous sommes loin de prétendre constituer ces vulgarisateurs. Toutefois, il reste que nous pensons aller dans ce sens en ne retenant du système peircien que les éléments directement pertinents à l'établissement d'une grille d'analyse la plus opératoire possible.

 

A. LA SÉMIOTIQUE DE PEIRCE : BREF RAPPEL (11)


1. La structure triadique du signe et la notion d'interprétant

La sémiotique de Peirce se fonde sur une analyse phénoménologique de la substance de l'être dans laquelle Peirce formule l'hypothèse de l'existence de trois catégories fondamentales qu'il nomme Priméité, Secondéité et Tiercéité.

D. Savan explique de manière extrêmement claire les raisons de cette structure triadique :

"N'importe quoi peut être isolé comme premier terme d'une série. [...)]Être premier, c'est être un nouveau commencement, une origine. Rien ne prédétermine ce qui est premier. Supposons par exemple que '5' soit premier. Qu'est-ce qui sera second ? Le second n'est pas encore déterminé, ce pourra être '6' ou '4' ou bien '10'... Ou bien encore ce que vous voudrez. Le premier est libre et indéterminé. La catégorie de la Priméité est celle du commencement, de la nouveauté, de la liberté, de la possibilité et de l'indétermination. [...] Les exemples que PEIRCE donne de préférence sont la qualité et la conscience. [...]"

"Le second membre d'une série commence par limiter et déterminer le premier. Il ferme une porte. Seul, le premier n'est que la possibilité d'une série. Le second actualise la série. Le second introduit à l'existence. Dans cette progression dyadique élémentaire le second membre termine la série. C'est une frontière. Si l'être n'était analysé qu'en termes de Priméité ou de Secondéité, ni la loi, ni la régularité n'existerait. Le second serait arbitraire, imprévisible, ce serait une question de chance. D'après KOLMOGOROV et CHAITIN, une série de hasards est une série dans laquelle il n'est d'autre détermination des membres que leur énumération. Une série élémentaire de deux membres est une série de hasards. La Secondéité est donc la catégorie de l'existence, des frontières, de la limitation et de l'arbitraire. Comme exemples de seconds, PEIRCE nous propose la réaction, la résistance brute, le fait brut, les événements arbitraires ou dus au hasard. (...]"

"L'ajout d'un troisième terme dans la série introduit la possibilité d'une progression régulière non hasardeuse. La loi minimale d'une série peut être, par exemple, 'n+1'. La loi qu'introduit le troisième terme fait le lien entre le premier et le second et entre le second et le troisième. C'est le principe de synthèse puisqu'il unifie la série : (a) Il présente la relation entre le premier et le second; (b) il représente sa propre relation au second et (c) il représente le fait que la relation entre le premier et le second est la même que celle entre le second et le troisième. Le troisième terme introduit une relation triadique authentique parce que chacun des trois termes est représenté par les deux autres. Bien qu'un quatrième et qu'un cinquième terme puissent à leur tour modifier la règle, c'est le troisième, qui, le premier, introduit le principe d'une synthèse authentique. La Tiercéité est la catégorie de la synthèse, de la médiation et de la continuité. [...] Les exemples que PEIRCE nous en propose sont, entre autres : une route entre deux points, un messager, le moyen terme d'un syllogisme, un interprète."(12)

L'analyse sémiotique va s'organiser autour de ces trois catégories. Ainsi tout signe a une structure triadique. Contrairement à la structure dyadique (signifiant - signifié) proposée par de Saussure, le signe chez Peirce est toujours la combinaison de 3 éléments : un representamen (premier), un objet (second) et un interprétant (troisième). De sorte que "un signe, ou representamen, est quelque chose qui tient lieu pour quelqu'un de quelque chose sous quelque rapport ou à quelque titre. Il s'adresse à quelqu'un, c'est-à-dire crée dans l'esprit de cette personne un signe équivalent ou peut-être un signe plus développé. Ce signe qu'il crée, je l'appelle l'interprétant du premier signe. Ce signe tient lieu de quelque chose : de son objet".(13)

1° Le representamen : c'est le signe en lui-même, tel qu'il se présente. On pourrait dire que le representamen se rapproche grosso modo de la notion saussurienne de "signifiant".

2° L'objet : Dans un premier temps, on pourrait dire qu'il s'agit du référent (réel ou imaginaire) auquel renvoie le representamen. Mais c'est plus que ça. L'objet est en fait ce "dont il [le signe] présuppose la connaissance afin d'apporter une information supplémentaire à son sujet".(14) "L'objet n'est pas ce qui est désigné par les signes mais ce qui (...) harmonisera en fin de compte tous ses interprétants".

3° L'interprétant : c'est ce par quoi le representamen renvoie à l'objet, ce qui inter-vient, permet de relier, médie la relation entre representamen et objet et permet ainsi au signe de faire sens ; en d'autres termes, c'est l'effet signifié produit par le signe, issu de son insertion dans un contexte d'utilisation. C'est par exemple une structure "mentale" (cette structure étant toujours pour Peirce un signe) - comme une représentation sociale - qui va permettre de relier un representamen (symbole, image, ...) à un objet (référent) et de lui attribuer une signification.

En d'autres termes, on pourrait dire que l'interprétant, pour Peirce, est ce "quelque chose" qui de manière quasi immédiate fait sens ou produit du sens dans un signe. Cependant, cette attribution de sens est aussi le résultat d'un processus d'habituation, d'une longue expérience d'observation. L'interprétant, c'est donc aussi le fonctionnement psychique, social et culturel qui fait irruption à l'intérieur même du signe.

L'intérêt d'une notion comme celle d'interprétant est notamment d'offrir un modèle dans lequel le signe apparaît comme un système doté d'un dynamisme interne et non plus comme un rapport codé, figé entre un signifiant et un référent. En effet, pour Peirce, l'interprétant est quelque chose qui s'inscrit dans un processus d'interprétance (compte tenu que tout interprétant est un signe; et qu'un signe n'existe que s'il est interprété).(15)

Ce processus d'interprétance s'articule en plusieurs étapes. En premier lieu intervient le moment de l'interprétant immédiat, à savoir "l'interprétant tel qu'il est révélé dans la compréhension correcte du signe lui-même, et est ordinairement appelé signification du signe".(16) Il s'agit du sens premier, minimal "littéralement" exprimé par le signe; "tout ce qui est explicite dans le signe indépendamment de son contexte et des circonstances d'énonciation".(17) Immédiatement exprimé dans le signe, c'est lui qui embraye le représentamen sur le processus d'interprétance.

En second lieu, arrive le (les) interprétant(s) dynamique(s). Ici, la sémiosis s'inscrit dans un processus au sein duquel le signe, partant à la recherche de son sens, renvoie à d'autres signes qui dans leur effort d'explication en appellent eux-mêmes à de nouveaux et ainsi de suite...

Enfin, l'interprétant final est l'activité du signe qui clôture ce processus et dans laquelle l'interprétant renvoie à lui-même (de la sorte, il renvoie toujours à un signe, mais à un signe qui n'est autre que lui-même). Il produit le sens en se représentant lui-même dans la relation qu'il entretient avec l'objet. Selon Peirce, - pour des raisons qui seraient trop longues à expliquer ici - la nature de cet interprétant final est en définitive une habitude. "L'habitude formée délibérément par analyse d'elle-même - parce que formée à l'aide des exercices qui la nourrissent - est la définition vivante, l'interprétant logique véritable et final".(18) En renvoyant le signe à lui-même, l'interprétant final détermine une habitude. "Pour exprimer le plus parfaitement possible un concept que les mots peuvent communiquer, il suffira de décrire l'habitude que ce concept est calculé à produire".(19)

L'homme vit dans la tiercéité. Il n'accède à la secondéité et à la priméité qu'à travers la tiercéité que représente notre culture (mythes, théories, habitudes, ...). Par conséquent, tout est signe, ou tout peut avoir valeur de signe selon Peirce. L'homme ne vit pas dans le fait, mais est d'emblée engagé dans un univers de signes car un fait est toujours tissé dans le maillage des signes. Loin d'avoir des rapports aux choses mêmes, l'homme s'entretient constamment avec un univers de signes. Le réel constitue un immense réservoir de sémiotique. "La conception phénoménologique de Peirce conduit à une véritable sémiotisation de l'univers".(20)

Note : Nous avons été très sensibles à cette présentation du processus d'interprétance de Peirce, qui met en évidence son aspect dynamique. Nous nous sommes dès lors largement inspirés de ce modèle dynamique, sans pourtant respecter rigoureusement le sens attribué par Peirce à chacun de ces moments.

 

2. Le système trichotomique

Le système trichotomique constitue un affinement de la réflexion de Peirce sur la diversité interne des signes par resoumission de chacun des éléments du système triadique aux catégories ontologiques de la Priméité, Secondéité et Tiercéité.

1° Tout d'abord, au plan de la nature du representamen en lui-même (priméité), Peirce distingue 3 natures de signes possibles. Un representamen peut être :

- un qualisigne (priméité de la priméité) : une simple qualité, ou perception, qui est un signe - ex. : la beauté, la rougéité;

- un sinsigne (secondéité de la priméité) : une chose ou un événement singulier, qui est un signe - ex. : un portrait, une photo;

- ou un légisigne (tiercéité de la priméité) : un signe conventionnel, une loi, qui est un signe - ex. : un mot, une figure géométrique.

2° Ensuite, au plan de la manière dont ce représentamen renvoie à son objet (secondéité), un signe peut être:
- iconique (priméité de la secondéité) : il est en relation de ressemblance ou d'analogie avec cet objet qu'il représente - ex. : une peinture, un diagramme ;
- indiciaire (secondéité de la secondéité) : il est en connexion dynamique avec cet objet - ex. : une photo de reportage, un pronom personnel, la fumée d'un feu ;
- ou symbolique (tiercéité de la secondéité) : il renvoie à l'objet en vertu d'une convention, d'un code - ex.: un nom commun, un signe conventionnel.

Note : il s'agit de catégories structurales ou formelles qui à notre avis n'entrent pas en contradiction avec la perspective psycho-génétique de Piaget, qui parle lui aussi d'indices, d'icônes et de symboles.

3° Enfin, au plan de la manière dont l'interprétant opère le renvoi du représentamen à l'objet, un signe peut être:
- rhématique (priméité de la tiercéité) : il renvoie, pour son interprétation, simplement à lui-même et ne nécessite pas de recourir à autre chose - ex. : l'explication du concept d'"arbre" au moyen d'un dessin de cet arbre ;
- dicent (secondéité de la tiercéité) : il renvoie, pour son interprétation, aux éléments du contexte qui le déterminent - ex. : l'explication du concept d'«arbre» en indiquant une situation concrète dans laquelle figure un arbre réel ;
- ou argumental (tiercéité de la tiercéité) : il renvoie, pour son interprétation, à un ensemble de règles ou de propositions logiques - ex. : l'explication du concept d'"arbre" en évoquant des mots connus et appartenant au même champ sémantique que le signe «arbre».

Priméité
(Representamen)

Secondéité
(Objet)

Tiercéité
(Interprétant)

Priméité

Qualisigne

Icone

Rhème

Secondéité

Sinsigne

Indice

dicisigne

Tiercéité

légisigne

Symbole

argument

Ces 9 «sous-signes» peuvent se combiner pour définir dix classes de signes (certaines combinaisons étant formellement impossibles). Par commodité, dans la suite du texte, nous réduirons cependant ces combinaisons autour de 3 concepts centraux : "Icône", "Indice" et "Symbole".(21)

Pour Peirce, l'idéal d'un langage, d'un mode d'expression, c'est qu'il combine l'ensemble de ces modalités de signes (icône, indice, symbole). L'utilisation de toutes les modalités est ce qui constitue la diversité et la richesse d'un langage. Une approche multimédia avant la lettre donc...

On a donc avec Peirce une base d'analyse qui n'est pas uniquement sémiologique, c'est-à-dire qui n'est pas centrée exclusivement sur le document lui-même, mais qui s'élargit à la relation entre le document et ses lecteurs ou ses utilisateurs - et que l'on pourrait donc qualifier de sémio-pragmatique.

 

 

B. ÉBAUCHE D'UNE MÉTHODOLOGIE DE LECTURE DE DOCUMENTS HYPERTEXTUELS MULTIMÉDIAS À L'AIDE DE LA SÉMIOTIQUE DE PEIRCE


En s'inspirant du système triadique de Peirce, nous avons identifié différents niveaux de lecture possibles d'un document hypertextuel multimédia.(22) Nous présentons ci-dessous le modèle d'analyse élaboré.

Le sens d'un document peut s'étudier sous 3 dimensions distinctes (la 3ème étant toujours le résultat émergeant de la rencontre des deux précédentes) :

1) sémiologique : analyse du document en soi, tel qu'il se donne

2) pragmatique : analyse de la relation de l'utilisateur au document

3) psycho-cognitive : analyse des formes de savoirs construites par l'utilisateur à travers sa relation au document.

Nous détaillerons chacune de ces dimensions ci-après. En effet, on peut repérer une nouvelle trichotomie à l'intérieur de chacune de ces 3 dimensions d'analyse.

 

1. La dimension sémiologique

Au plan sémiologique - où, rappelons-le, se déterminent les conditions initiales de réception - on peut distinguer trois niveaux :

1.1) Les signes en eux-mêmes. C'est-à-dire les signes dans leur matérialité ou les signes comme représentamens. On peut les distinguer en icônes, indices, symboles (cfr. supra).
On peut trouver cette classification des signes un peu "légère", au regard de la profusion taxologique d'autres théories sémiotiques. Et en effet l'extrême complexité des systèmes sémiotiques exigerait certainement une classification plus fouillée. Mais, compte tenu de l'étape à laquelle nous nous trouvons dans la démarche de recherche, nous pensons qu'il est inutile de proposer déjà un canevas fait de nombreuses classes. La plupart d'entre elles resteraient inutiles et alourdiraient la grille. L'expérience d'autres auteurs dans leurs efforts de classification nous encourage à adopter cette attitude.(23) La complexification de ce niveau viendra donc en temps voulu si elle s'avère nécessaire.

1.2) Les signes en tant que rapportés à leur objet. En effet, un signe peut avoir pour objet :
- une fonction apprétive : cette fonction concerne tous les signes qui renvoient à la manière dont le document est "apprêté", tous ceux qui en quelque sorte remplissent une fonction de design.
- une fonction instrumentale : elle comprend tous les signes qui renvoient à une commande ou à une fonction logicielle. Par exemple, "quit", "Go to", "copy", "listmaker" ou encore les noeuds d'hypertexte(24).
- une fonction informative : elle comprend les signes renvoyant spécifiquement à un contenu d'information.
C'est donc à l'aspect fonctionnel des signes à l'intérieur du document que se rapporte ce second niveau.

1.3) Les signes en tant qu'inscrits dans un processus d'interprétance. Les multiples parcours possibles de l'utilisateur en sont l'une des manifestations observables. On peut repérer trois moments distincts dans ce processus d'interprétance :
- le moment de l'interprétant immédiat : quand le signe est saisi naturellement lors de la prise de connaissance du contenu d'un écran, dès que le signe se donne à voir.
- le moment de l'interprétant dynamique : lorsque le même signe est compris en liaison avec d'autres signes dans d'autres écrans, c'est-à-dire comme noeud d'hypertexte.
- le moment de l'interprétant final : le même signe comme résultat global, son sens est saisi dans un ensemble intégré au terme d'un parcours de lecture ou à la suite d'une habituation progressive au contact du document.

Note : Il est important de comprendre l'interprétant final comme ayant un statut à la fois achevé et inachevé. Achevé dans le sens où il s'agit d'un résultat consécutif à un ensemble d'opérations (et non à chacun des "clics"). Inachevé néanmoins dans le sens où il constitue toujours le point de départ d'un processus d'interprétance nouveau.(25)

 

2. La dimension pragmatique

Au plan pragmatique (ou de la relation de l'utilisateur au document), on peut distinguer 3 types de rapports au document qui débouchent chacun sur une attitude ou une posture particulière de l'utilisateur.

2.1) Contemplation : attitude qui se limite à une lecture passive du contenu d'un écran (on "subit" le document ou on s'en imprègne) - cette attitude s'observe notamment à chaque prise de connaissance d'un écran.

2.2) Navigation : attitude dynamique qui consiste à activer un des liens d'hypertexte ou un des boutons du document.

2.3) Réflexion : attitude de prise de distance par rapport au document dans laquelle le lecteur soit met ensemble les éléments collationnés dans le document, soit met ces éléments en relation avec d'autres qu'il possède déjà, soit engage une activité critique ou d'abstraction par rapport au contenu du document (c'est un peu ce qui se passe lorsque l'utilisateur lève les yeux de l'écran et se dit : "Mais au fond...").

Ces attitudes ou postures ne sont pas exclusives l'une de l'autre et peuvent se succéder sous la forme de moments différents dans un même parcours de lecture. On pourrait donc effectuer l'analyse d'un document hypertextuel en procédant à l'observation de la succession de ces différentes attitudes chez les utilisateurs, pour qualifier ensuite le document à partir de l'attitude la plus saillante manifestée par les utilisateurs au cours de la consultation.

 

3) La dimension psycho-cognitive ou des savoirs construits

Au plan psycho-cognitif, on peut différencier 3 formes de savoirs émergeant de la consultation d'un document :

3.1) savoir de forme intuitive : connaissance impressionniste et globalisante, non verbalisée (avoir une idée de ...). On retrouve dans cette catégorie des savoirs de l'ordre de l'expérience esthétique ou émotionnelle, mais certains savoirs experts relèvent aussi de cette forme.

3.2) savoir de forme répertoriante : intégration par accumulation et/ou segmentation de faits. Il s'agit d'une capacité de relever des parcelles d'informations isolées et de les mettre éventuellement en correspondance point à point (par exemple sous forme séquentielle). On retrouve dans cette catégorie les savoirs dits "encyclopédiques", ceux de la tête bien pleine.

3.3) savoir de forme argumentative : construction d'un discours organisé, articulé, d'une certaine cohérence sur un ensemble.

Il est important de ne pas confondre cette dimension dite "psycho-cognitive" avec le niveau présenté à la section 1.3. Ce dernier relève d'un point de vue sémiotique, c'est-à-dire de l'articulation du signe à un processus d'interprétance. Tandis que cette dimension psycho-cognitive relève du savoir constitué après «détachement» du signe - pour autant que cela soit possible - c'est-à-dire au-delà de la consultation du document. La dimension 1.3 se rapporte à ce qui se passe au moment même de la consultation du document tandis que la dimension présentée ici concerne plutôt ce qu'«il en reste après». Il est évident qu'il y a un rapport étroit entre ces deux dimensions mais il nous semble pourtant nécessaire de les distinguer.

On peut préciser d'une part que ces catégories sont susceptibles de s'appliquer aussi bien à des savoirs dits déclaratifs ou "théoriques" qu'à des savoirs opératoires, procéduraux. D'autre part, il n'y a pas lieu d'établir une échelle hiérarchique entre ces trois formes de savoirs. De plus, ces catégories ne se retrouvent jamais à l'état pur. Elles se soutiennent mutuellement dans la constitution du savoir. Un savoir de type argumentatif s'appuie sur un savoir répertoriant ou intuitif ; un savoir intuitif peut s'enrichir après l'acquisition d'un savoir argumentatif.(26)

Les trois dimensions du savoir proposées ici, peuvent être mises en parallèle avec les trois types de mémoire proposés par Berten.(27) Sur base d'une mise en correspondance entre d'une part, les théories de Piaget, et d'autre part, les hypothèses de Kohlberg sur une évolution morale en trois stade éthiques reposant sur une abstraction progressive du raisonnement. Berten propose (1) une mémoire épisodique, iconique, corrélée au stade moral pré-conventionnel; (2) une mémoire sémantique obéissant essentiellement au modèle du code, liée au stade moral conventionnel - celui-ci propose toujours des items insuffisamment généralisables; (3) une mémoire dite procédurale(28), plus abstraite, corrélée au stade moral post-conventionnel. Mais, la catégorisation proposée par Berten postule une hiérarchie entre ces différents types de mémoire, le dernier type faisant appel à un degré de décentration supérieur. S'il nous semble difficilement contestable de reconnaître à ces trois modes de connaissance une classification génétique (par ordre d'apparition), il nous semble cependant dangereux d'aller jusqu'à conclure à une hiérarchie. Car à bien y regarder, le mode de connaissance dépend aussi de l'objet auquel il se rapporte, certains modes se trouvant plus adaptés que d'autres à leur corrélat. Dès lors, maintenir une hiérarchie si rudimentaire dans les savoirs, c'est l'étendre aussi aux objets de savoirs, ce qui nous semble contestable.

A ceci nous ajouterons que la catégorisation que nous avons proposée relève moins de classes de savoirs bien distinctes que de dimensions mobilisées - de façon plus ou moins importante selon les cas - dans chacun des savoirs d'un individu.

L'avantage de cette classification est de coller parfaitement au principe triadique régulateur de notre démarche heuristique. Elle pose par contre plus de difficulté à s'articuler aux théories de l'apprentissage développées dans le champ de la psychopédagogie.

On pourrait aussi objecter à cette classification de préfigurer les formes possibles que peuvent prendre les savoirs avec l'utilisation de cette technologie, alors que précisément, ces NTIC nous conduiraient vers de formes de connaissances encore inédites comme le suggère Lévy.(29) C'est en effet un reproche légitime. Pourtant, nous pensons qu'il est à certains égard prématuré d'en tenir compte. Pour défendre ce point de vue, nous nous appuyons sur l'idée de Scardigli selon laquelle l'appropriation d'une nouvelle technologie peut être comparée au schéma assimilation/accommodation de Piaget en psychologie cognitive.(30) D'après ce schéma, quand un individu est face à quelque chose de nouveau, il se produit d'abord une phase d'assimilation dans laquelle la nouveauté est identifiée à quelque chose de déjà connu. Ensuite survient une phase d'accommodation dans laquelle l'objet se met à résister à l'assimilation et se prépare un mouvement d'autonomisation de la nouveauté. Or, dans le cadre des NTIC et plus spécifiquement des hypertextes multimédias, nous sommes encore clairement dans une phase d'assimilation. Par conséquent, l'utilisation d'une catégorisation basée sur les savoirs existants nous semble rester temporairement pertinente.

 

 

C. COMMENTAIRES ET CONCLUSIONS


1. Secondéité et fonctionnalité

Nous remarquons dans cette construction que les catégories secondes sont plus généralement de l'ordre de l'instrumental, du fonctionnel, de l'efficace. Il s'agit cependant d'une simple observation qui devrait trouver confirmation dans des recherches plus poussées.

 

2. De la dimension pragmatique

La dimension pragmatique telle qu'elle est développée au point 2 a une certaine pertinence. Toutefois, il nous semble nécessaire de la compléter par un autre aspect plus strictement pragmatique : la façon dont, dans le document hypertextuel, le producteur du message se montre, et la place(31) que cet auteur propose au destinataire ; ou, pour le dire autrement, "le contrat de lecture" proposé dans le document. Cet aspect relationnel entre producteur du message et récepteur n'est pas pris en compte dans notre analyse. Or il n'est pas à négliger car il communique toujours quelque chose sur la manière dont le contenu même du document doit être compris ou interprété.

La psychopédagogie du courant constructiviste reconnaît, elle aussi, l'importance du rôle de la dimension sociale dans l'acte d'acquisition des connaissances. Les objets de connaissances sont d'emblée investis d'un contenu social dans la mesure ou toute activité de l'individu s'insère dans le système des rapports sociaux sans que l'on puisse l'en abstraire. On ne peut donc considérer l'acte d'apprendre en dehors des rapports sociaux.

Ce nouveau caractère peut être mis en rapport avec la notion d'interactivité intentionnelle proposée par Barchechath et Pouts-Lajus.(32) L'interactivité intentionnelle désigne, par delà l'interactivité fonctionnelle (technique) entre l'utilisateur et la machine, la relation définie par l'auteur entre lui-même et l'utilisateur, à travers les engagement pris lors de la conception du logiciel. Elle renverraient "à ce que l'auteur a l'intention que l'utilisateur ai l'intention de faire à partir du matériau proposé".(33)

Cependant, il nous semble capital que ce nouvel aspect pragmatique n'occulte pas pour autant l'importance du précédent. Il faut en effet rappeler que l'hypertexte multimédia ne remplit pas les conditions de communication d'un véritable dialogue, puisque l'auteur est absent (mais présent dans ses choix diront certains auteurs). Ramener l'analyse à un modèle d'obédience exclusivement pragmatique nous semble trop réducteur. Car, dans une communication entre deux sujets, intervient ici la médiation d'un objet-signe avec lequel le "récepteur" entretient un rapport tout à fait spécifique. C'est à ce rapport que le premier niveau de notre dimension pragmatique se rapporte. Or, moins l'empreinte de l'auteur est saisissable dans l'énoncé, plus ce rapport "objectal" nous semble revêtir de l'importance dans l'analyse.(34)

L'introduction de ce nouveau point de vue dans un système d'inspiration peircienne n'est pas sans difficulté. Il est difficile d'intégrer au système peircien une réflexion sur un rapport de sujet à sujet. Le caractère pragmatique de la sémiotique peircienne relève d'une pragmatique qui met plutôt l'accent sur le contexte que sur l'acte ou la performance(35), bien que ces champs ne soient pas exclusif l'un de l'autre.

A ceci s'ajoute le problème de la binarisation de la dimension pragmatique dans un système triadique. Ceci peut faire perdre à notre tentative de modélisation sa cohérence originelle. Ajouter tel quel ce nouvel aspect des choses à la dimension pragmatique rend en effet celle-ci binaire. Dans ces conditions, il nous faudra soit reconnaître certaines insuffisances au principe triadique de Peirce, soit réussir à incorporer ce nouvel aspect pragmatique aux triades du système. Si cela reste possible(36), c'est toutefois en minorant l'importance de la nature subjective de la relation entre producteur et récepteur du message.(37)

 

3. Perpectives

Méthodologiquement, une telle grille pourrait donc donner lieu, lors de l'analyse d'un document multimédia, au programme de travail suivant :
- analyse sémiologique : analyse textuelle du document (description des écrans, des liens et des principaux parcours de lecture possibles) ;
- observation des attitudes les plus saillantes des utilisateurs du document (contemplation, navigation ou réflexion) ;
- interviews ou observations visant à obtenir des informations quant aux formes de savoirs construits (intuitif, répertoriant ou argumentatif).

Idéalement, ce travail devrait permettre d'établir des liens entre ces différentes dimensions. Autrement dit, certains types de signes favorisent-ils davantage certaines attitudes qui elles-mêmes entraîneraient certaines formes de savoirs ? Et L'objectif à terme serait donc de dégager une typologie de relations qu'entretiennent ensemble ces dimensions dans les documents hypertextuels multimédias.

 

 


Notes de bas de pages

(1) LÉVY P., Les technologies de l'intelligence. L'avenir de la pensée à l'ère informatique , Paris, La Découverte, 1990.

(2) NELSON T., Computer ad Lib and dream machine , Microsoft Press, 1970.

(3) BUSH V.,"As we May think", in The Atlantic Monthly n° 176, 1945.

(4) Le concept de sémiologie (science des signes) a été inauguré en Europe au début du siècle par F. de Saussure. Outre-Atlantique, parallèlement à la démarche de Saussure, Peirce proposait une approche analogue avec son concept de sémiotique.

(6) Eco U., La structure absente, Paris, Mercure de France, 1972 - Veron E., "La sémiosis et son monde", in : Langages, n° 58, Paris, Larrousse, juin 1980 - repris in Niquette N., «Voyons voir. Attribuer un sens à l'exposition», in : Choffel-Mailfert M.J., Romano J., Vers une transition culturelle, Presses Universitaires de Nancy.

(7) VERON E., «Quand dire c'est faire : l'énonciation dans le discours de la presse écrite», Séminaire de l'IREP, Sémiotique II - repris par JACQUINOT G., «De l'interactivité transitive à l'interactivité intransitive : l'apport des théories d'inspiration sémiologiques à l'analyse des supports de la communication éducative médiatisée.» in : GAMBARDELLA A. P.,Luoghi dell'apparenza. Mass media e formazione del sapere, Ed. Unicopli.

(8) FISKE J., Television culture, London, Routhledge, 1992 - HALL S., «codage/décodage» in : Réseaux, n°68, 1994.

(9) Il serait aussi intéressant de parvenir à élucider le mode d'articulation entre la signification potentielles et sa déclinaison actualisée dans la réception. Pour cela, la sémiotique de Peirce n'est pas non plus sans intérêt. Car, tout en prenant compte du contexte d'interprétation, elle l'analyse avec une perspective sémiotique, puisque, comme nous le verrons, chez Peirce tout est signe (cfr. infra) . En faisant du contexte interprétatif une espèce de sémiotope, on se permet de mener les études en production et en réception sous des modalités d'analyse communes, ce qui pourrait faciliter leur articulation.

(10) cfr. DUCROT O., Les mots du discours , Paris, Minuit, 1980.

(11) BOUGNOUX D. (dir.), Sciences de l'information et de la communication, Paris, Larousse, 1993, p. 102.

(12) Pour une approche plus approfondie de la sémotique de Peirce, cfr. VERHAEGEN PH, Introduction à la sémiologie , Louvain-la-Neuve, Académia, 1993; ou DELADALLE G., Théorie et pratique du signe. Introduction à la sémiotique de Charles S. Peirce , Paris, Payot, 1979; ou encore DARRAS B., «Une introduction à la sémiotique» in : BENOIT D. (dir.), Introduction aux sciences de l'information et de la communication, Ed. de l'organisation, 1995.

(13) SAVAN D., "La sémiotique de Charles S. Peirce" in : Langages, n° 58, Paris, Larousse, juin 1980, p. 11-12.

(14) PEIRCE C. S., Collected Papers of Charles Sanders Peirce, 8 vol., Cambridge - Massachussets, Harvard University Press, 174-1978. Suivant l'usage, nous ferons référence aux Collected Papers en donnant dans l'ordre le numéro du volume puis ce lui du pragraphe. La citation est ici tirée de PEIRCE C. S. (2.228).

(15) PEIRCE C.S. (2.231).

(16) En fait, on trouve chez Peirce deux descriptions de ce processus d'interprétance. D'un côté, le signe s'inscrit dans une sémiosis illimitée dans laquelle les signes interprétants renvoyent sans fin à d'autres signes interprétants. D'un autre côté, la praxis communicationnelle recquiert que ce processus ad infinitum soit enrayé. La sémiosis doit se fixer ne fut-ce que le temps de l'énonciation.

(17) PEIRCE C. S. (4.536).

(18) PEIRCE C.S. (5.473).

(19) PEIRCE C. S. (5.491)

(20) Ibid.

(21) DARRAS B., op. cit., p. 16.

(22) Nous rappellons ici notre souci d'établir une grille d'analyse la plus opératoire possible. L'affinement catégoriel exposé ici éclaire bien la logique de fonctionnement du système peircien, mais son exploitation dans toutes ses subtilités ne nous semble pas nécessaire. Car nous pensons en fait établir nos catégories d'analyse - selon le même principe - à une sorte de méta-niveau. Ce qui explique notre opération de simplification à ce niveau-ci. Toutefois, cette simplification ne nous semble pas aller tout à fait à l'encontre de l'esprit de la pensée peircienne. En effet, parmi les combinaisons trichotomiques possibles, Peirce en qualifie 3 comme constituant des signes authentiques (les autres étant dits dégénérés), sorte de paragons sémiotiques. Ce sont le qualisigne iconique rhématique, le sinsigne indiciaire dicent et le légisigne symbolique argumental. Or Peirce lui-même désigne ces combinaisons authentiques par les seuls termes de "Icone", "Indice", "Symbole".

(23) Ce travail de classification a été réalisé en collaboration avec E. Belin, aspirant FNRS du Département de Communication, que nous remercions ici. Nous n'avons cependant retenu dans ce texte que les parties les plus centrales du modèle élaboré.

(24) cfr. BELISLE Cl., JOUNNADE G., La communication visuelle, Paris, Les Édition sde l'organisation, 1988 - PERAYA D., NYSSEN M.-C.,Les paratextes dans les manuels scolaires de biologie et d'économie. Une étude comparative, Genève, Cahiers de la section des Sciences de l'Education de la Faculté de Psychologie de l'Université de Genève, 1995.

(25) Les noeuds d'hypertexte ont la particularité d'être des hybrides. En effet ils conjuguent une fonction informative et une fonction instrumentale, voire même une fonction apprétive. On notera par ailleurs qu'au niveau du signe en lui même, le noeud d'hypertexte se concrétise sous la forme d'un indice. Mais cet indice ici ne renvoie au-delà de lui même à rien de déterminé. Si toutefois le noeud d'hypertexte dit quelque chose sur ce à quoi il renvoie, ce n'est pas par son aspect indiciaire mais par un surcroît iconique et/ou symbolique.

(26) Le lecteur attentif aura sans doute remarqué que la description proposée ici du processus d'interprétance ne correspond pas rigoureusement à celle qu'en fait Peirce. Sous cette classification, nous tentons de proposer quelque chose d'intérmédiaire entre les moments du processus d'interprétance (interprétants immédiat, dynamique et final) et les trois catégories trichotomiques de l'interprétant (interprétant rhématique, dicent et argumental) - bien que l'interprétant final ne prendra pas nécessairement dans notre description une forme argumentale.

(27) Suivant Peirce, d'ailleurs, la connaissance doit pouvoir jouer sur les différents registres (au niveau des signes, des relations comme des savoirs).

(28) DE SMEDT Th., notes du Séminaire de recherche 1993 du Département de Communication de l'UCL (non publié).

(29) Si cette mémoire est qualifiée ici de "procédurale", c'est parce qu'en définitive elle permet de résoudre les problèmes rencontrés par l'individu. Mais, pour notre part, c'est moins son caractère opératoire qui nous intéresse que son caractère abstrait. Ces deux aspect nous semble d'ailleurs un peu rapidement corrélé dans la proposition de Berten.

(30) LÉVY P., op. cit. On notera cependant que cet auteur aussi prédit la nature de ces savoirs du futurs. Il les défénit comme possédant un cracactère plus opératoire.

(31) SCARDIGLI V., Les sens de la techniques, Paris, P.U.F., 1992.

(32) FLAHAUT Fr., La parole intermédiaire, Paris, Le Seuil, 1978.

(33) Repris par JACQUINOT G., op. cit.

(34) ibid.

(35) On pourrait objecter que, suivant le premier axiome de l'école de Palo-Alto, "On ne peut pas ne pas communiquer" (cfr. WATZLAWICK P., HELMICK BEAVIN J., JACKSON D., Une logique de la communication, Paris, Le Seuil, 1972, p. 48). Et qu'à propos d'un document qui tenterait d'effacer toutes trace de son énonciation, il resterait toujours à dire qu'une telle communication releve presque du déni. Certes, ... Mais on a pas pour autant épuiser tous les niveaux de l'analyse. Ce serait au sinon réduire les traits de la communication médiatisée à ceux de la communication non-médiatisée.

(36) Françoise Armengaud (La Pragmatique, Paris, P.U.F., 1985) a mis en évidence ces trois différents champs sur lesquels les théories pragmatiques ont chacune choisies de mettre l'accent.

(37) En effet, l'importance du contexte d'énonciation étant reconnue dans les travaux de Peirce, il reste tout à fait possible d'inclure par exemple dans ce contexte le producteur du message, et de tenir compte de son influence dans la négociation sous forme d'un interprétant dynamique collatéral.

(38) Cette minorisation du caractère subjectif de la relation nous semble liée au fait que pour Peirce tout chose dans l'univers est potentiellement signe. Par conséquent, sa sémiotique tendrait à relever de ce qu'on a pu appeler à une époque une sémiologie de la signification plutôt que d'une sémiologie de la communication (dans laquelle il n'y a signe que s'il y a véritablement intention de communiquer).

 


Hugues Peeters - 04/11/1998