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recension rédigée par Emmanuel
Belin
Peter Dahlgren & Colin Sparks
(eds.), Communication and citizenship, London, Routledge,
1991.
Formulée voici plus de trente ans par Habermas, la théorie critique de l'espace public moderne donne aujourd'hui, d'après les directeurs de cet ouvrage collectif, des signes de faiblesse qui justifient qu'on la pense à nouveaux frais. L'entreprise habermassienne, de nature socio-historique, semble sous-tendue par la nostalgie d'un espace public traversé d'une rationalité propre, distincte de la logique économique. Reprendre, à partir d'une analyse empirique des formes institutionnelles qui la structurent dans le monde contemporain, l'analyse critique de ses évolutions, exige selon Dahlgren une approche résolument constructive : "[t]he romantic notion of a public sphere composed of individuals speaking face to face or communicating via small-circulation print media is not of much utility. We live in the age of electronic media and mass publics and cannot turn back the historical clock ; we can only go forward. [...] The concept of the public sphere must have evocative power, providing us with concrete visions of the democratic society which are enabling rather than disabling" (p. 8). Cela implique de se concentrer sur ce qui émerge dans la période de profond bouleversement de la sphère public au niveau mondial, tant au niveau institutionnel qu'à celui des communautés d'interprétation.
Ce projet, onze articles diversement intéressants, portant à la fois sur les logiques institutionnelles et les pratiques journalistiques ou politiques, y donnent corps de manière plus ou moins cohérente. Se côtoient des réflexions théoriques (ainsi, par exemple, le texte de T. Gitlin : "Bites and blips : chunk news, savvy talk and the bifurcation of American politics", indiquant comment le jeu médiatique modifie les pratiques politiques), des panoramas nationaux (l'intéressant article de Jakubowicz : "Musical chairs ? The three public spheres in Poland" &emdash; même si de l'eau a coulé sous les ponts depuis ; l'analyse du pluralisme en Allemagne de V. Porter et S. Hasselbach &emdash; très technique ; ou encore, la modélisation de la situation des médias italiens avant la saga Berlusconi, offerte par P. Mancini, dont les réflexions perspicaces ne sont pas sans intérêt pour l'étude du contexte belge), ou encore des pratiques concrètes caractérisant le nouveau mode de fonctionnement de l'information et les réactions des publics (c'est le cas du texte de M. Gurevitch, M.R. Levy et I. Roeh sur l'influence des réseaux d'échange d'images sur la composition des journaux télévisés ou encore de celui de L. van Zoonen traitant de l'image de la femme dans les journaux télévisés). Certains textes offrent des réflexions critiques sur la manière dont les chercheurs se positionnent par rapport aux productions des industries culturelles, sans guère faire la part des choses entre leur statut d'intellectuels et leur projet scientifique (ainsi, I. Connel nous propose-t-il une auto-analyse de ses réactions face à la presse populaire, C. Sparks questionnant quant à lui l'utilisation d'une catégorie commune de référence pour la presse populaire et les journaux "sérieux", ce qui, estime-t-il, constitue un amalgame néfaste).
Comme tous les ouvrages collectif, le meilleur côtoie le moins bon ; l'ensemble pèche sans doute quelque peu par manque d'intégration. Cela n'empêche de découvrir des textes intéressants et inspirants, même si dans ce domaine, quatre ans, c'est beaucoup...